La maladie de la langue bleue
Depuis quelques années en Europe de nombreux ovins sont affectés par la maladie de la langue bleue, les responsables : de petites mouches piqueuses.
La maladie de la langue bleue ou plus scientifiquement fièvre catarrhale ovine est une maladie affectant les ruminants et notamment les ovins. Elle est due à un virus du genre Orbivirus dont il existe de nombreuses souches (au moins 24) de virulence variable. Il s’agit d’une maladie assez grave dont l’issue est souvent fatale chez les ovins, elle provoque notamment une cyanose de la langue d’où son nom. Normalement cette maladie se rencontre entre le 40e parallèle nord et le 35e sud, sur tous les continents. Cela devrait nous laisser à l’abri; pourtant au cours de ces dernières décennies, l’Europe a été touchée et il est judicieux d’en savoir un peu plus. La fièvre catarrahle ovine est signalée dès 1943 à Chypre puis au Portugal et en Espagne (1957), en Grèce (1980), mais depuis 1998 on semble assister à une épidémie qui concerne quasiment l’ensemble du Bassin méditerranéen.
L’une des clés de ce problème concerne des petits moucherons de l’ordre des Diptères et faisant partie de la famille des Cératopogonidés. En effet, certaines espèces de cette famille sont responsables de la transmission du virus. On a identifié plus de 5400 espèces au monde et quelque 55 espèces en Suisse. Si une majeure partie des espèces se nourrissent de nectar, d’autres sont hématophages. Quelques espèces du genre Forcipomiya sont d’une grande importance économique car responsables de la pollinisation de certaines plantes comme le cacaoyer ou l’hévéa. Malheureusement plus de 50 espèces hématophages sont impliquées dans la transmission de pathogènes ou de parasites à l’homme ou à d’autres espèces animales. Celles qui s’attaquent aux vertébrés (homme, autres mammifères, oiseaux, reptiles, batraciens) appartiennent à deux genres bien particulier: le genre Culicoides et Leptoconops. D’ailleurs elles se rencontrent parfois en nombre très important au point de rendre la coexistence très difficile. On signale que dans certaines forêt la densité des larves peut atteindre 10'000 par m2 !
Plusieurs espèces du genre Culicoides sont vecteurs de la maladie de la langue bleue. Seules les femelles adultes se nourrissent de sang. Après avoir été fécondées elles pondent de 2 à 4 jours suivant leur repas de sang. La femelle vit entre 15 jours et 2 mois et vole surtout de nuit lorsque la température se situe entre 18 et 38°C. La durée du développement larvaire varie de 15 jours à plusieurs semaines en fonction des conditions locales. Les œufs sont déposés dans la litière ou dans de la matière organique en décomposition, notamment les excréments de ruminants. Compte tenu de leur taille, les femelles ne volent jamais très loin de leurs lieux d’origine, en revanche grâce aux vents, elles peuvent se déplacer sur de très grandes distances. Il s’agit d’une dispersion passive qui peut dépasser plusieurs centaines de kilomètres. Toutefois, il faut que les conditions de vitesse du vent et de températures soient compatibles avec la survie des insectes pour retrouver un individu femelle vivant et capable de pondre après un tel voyage, Il semble que ces conditions aient été remplies puisqu’une des espèces a été découverte en Corse en 2000 et que des cas de maladie bleue aient été signalés depuis. Heureusement des mesures de prévention (vaccination et désinsectisation) ont permis de juguler la maladie. Un réseau mis en place depuis cette époque a permis néanmoins de montrer qu’une de ces espèces vectrices était installée sur l’île de Corse et qu’elle a aussi été découverte dans le sud de la France, heureusement sans pouvoir dire pour l’instant qu’il s’agit de populations locales installées. Néanmoins face à cette menace un service de surveillance a été mis en place sur l’île de corse comme sur le littoral continental français.