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Fêtes des
Encastes du 11.11.11
Toros aux corrales
Présentation des
élevages par
Thomas Thuriès
La
diversité génétique des taureaux de combat est très importante, si
bien que l’on parle dans le jargon tauromachique d’encaste,
véritable « sous-race » de la famille du taureau de combat. Le terme
de « sous-race » est particulièrement bien choisi puisqu’une
étude récente1 a démontré que la distance
génétique entre deux taureaux braves est en moyenne trois fois plus
importante que celle existant entre deux bêtes de races bovines
européennes. Concrètement, ceci revient à dire que la différence
entre un toro d’Atanasio Fernández et un de Carlos Núñez est
trois fois plus importante que celle existant entre une vache
limousine et une vache Aubrac.
La même
étude a quantifié le nombre des encastes : 29 ! Pourtant, au
quotidien, bien peu de ces 29 encastes sont proposés aux
aficionados. À vrai dire seule une petite poignée d’encastes
écrase, par sa représentation excessive, tous les autres encastes,
et par la même la diversité. La Peña Jeune Aficion propose
aux aficionados de découvrir 11 encastes en une seule
journée, soit presque la moitié du capital génétique actuel de la
cabaña brava ; ce qui fait du 11 novembre 2011 une journée
véritablement exceptionnelle sur le plan de la diversité des
encastes. Habituellement il faut attendre une temporada
pour trouver un tel éventail, en n’omettant pas toutefois de
préciser que celui-ci se cantonne aux encastes dits
classiques, dont le porte-drapeau n’est autre que le sempiternel
encaste Domecq. Mais la Peña Jeune Aficion a choisi d’aller au
bout de son extravagante idée en ne cédant pas à la facilité. Ainsi,
nul Domecq en ce 11 novembre, pas plus que de Núñez ou autres
mélanges habituels de ces deux sangs, mais des encastes
rares, singuliers, qui renforcent le caractère exceptionnel de cette
journée... tout en nécessitant quelques explications.
Pour
choisir les 11 élevages, la
Peña Jeune Aficion
a donc puisé dans les races les moins communes. Il était alors
impératif de retenir un élevage de race Vazqueña pour contrecarrer
l’omniprésence du toro de la rame Vistahermosa, qui
représente 99 % du marché. Le choix s’est porté sur la devise
Pablo Mayoral.
Un choix qui peut surprendre, vu que cet élevage n’appartient pas à
la traditionnelle liste des représentants de l’encaste
Vázquez, mais plutôt à celle des Santa Coloma. Cependant, l’idée,
certes originale, n’est pas totalement saugrenue puisque Pablo
Mayoral Herranz, grand-père du ganadero actuel, avait fondé
son élevage dans les années 1950 en regroupant du bétail des
encastes Martínez, Santa Coloma et Vázquez. Même si l’élevage
s’est clairement orienté sur l’origine Santa Coloma et que le
métissage des lignes anciennes s’est avéré inévitable, l’origine
Vázquez conserve dans sa ganadería les caractéristiques qui
lui sont propres. La finca se situe dans la province de
Madrid, au pied de la demeure royale El Escorial. Les photographies
des jaboneros vazqueños de Pablo Mayoral avec en second plan
El Escorial constituent à la fois un classique du campo
madrilène et un clin d’œil à l’histoire — l’élevage de Vázquez fut
un temps l’élevage royal de Fernando VII.
Outre
Vistahermosa et Vázquez, les autres castes fondamentales, comme il
est habituel de les nommer, ont toutes disparu. Presque
toutes car lorsque l’on conte l’histoire des fameux Jijón, ces
toros imposants aux robes marron et aux armures d’aurochs, on ne
peut s’empêcher de citer l’élevage de Martínez. En injectant le sang
andalou dans les gênes de ses toros de Castille, Vicente
Martínez avait su donner une seconde vie à cette caste, même si ses
negros et berrendos (mélange de larges taches blanches
avec une autre couleur) n’avaient plus rien de commun avec leurs
ancêtres Jijón. Les fers revendiquant l’héritage des Martínez ne
sont pas rares, mais peu nombreux sont les ganaderos ayant
réussi à préserver ce sang. Le plus connu est celui de Montalvo, la
base de l’élevage Cruz Madruga.
Installé dans le Campo Charro, Ángel Cruz Bermejo maintient avec
beaucoup de nostalgie cet encaste aux pelages typiques (berrendo
en negro ou berrendo en colorado).
L’élevage
de Fernando Madrazo
El Gustal de Campocerrado
tient lui aussi de l’origine Martínez via Montalvo. Mais lorsque ce
sang fut la propriété de Manuel Arranz, un étalon de son voisin
Graciliano Pérez-Tabernero influença fortement cette origine, au
point de créer un nouvel encaste. Encore donné pour mort il y
a peu, Fernando a comme ressuscité cet encaste en faisant de
nouveau parler de ses « arranes », les toros de son
grand-père. Installé dans un coin reculé de la vaste finca de
« Campocerrado », il soigne avec grande attention son petit trésor
en n’espérant qu’une chose : en faire profiter les aficionados.

Avant
d’attaquer le large chapitre des Vistahermosa, arrêtons-nous un
instant sur le compromis créé par José Vega au début du siècle
dernier, et repris ensuite par les frères Villar : les fameux Vega-Villar.
Mieux connus sous le nom de patas blancas, les toros
de cet encaste proviennent d’un croisement de vaches Veragua
(Vázquez) avec un étalon Santa Coloma (Vistahermosa). Le mélange
donne l’un des plus beaux taureaux de combat que l’on puisse voir au
campo. Bas, ramassé, charpenté et muni de larges armures, le
vega-Villar est lui aussi habillé d’une robe berrenda. Parmi
les grands éleveurs de cette race figure Arturo Cobaleda, qui l’a
essaimée dans tout le Campo Charro. De cette source découle en
cascade, via Miguel del Coral, les patas blancas de José Luis
Rodríguez, propriétaire de la devise
Valrubio.
Vistahermosa. Aujourd’hui, à quelques rares exceptions, tout
est Vistahermosa. Cela dit, l’élevage du Conde de Vistahermosa fut
divisé il y a plus de deux siècles, et l’isolement génétique ajouté
à la puissance du génome de la race du taureau de combat a permis la
création de nouveaux encastes. La filiation de Vistahermosa
tient aujourd’hui en deux rames : schématiquement, Murube et
Saltillo.
Étrangement, pour cette journée des 11 encastes, aucun
élevage de la rame Saltillo et de ses cousines n’est présent, même
si l’encaste Santa Coloma, mélange des rames
Saltillo et Murube, sera représenté par deux de ses
lignes : Dionisio Rodríguez et Coquilla — toutes deux d’ascendance
Murube.
L’encaste
Coquilla ne peut mieux être défini que par la célèbre
phrase : « Un toro de peu de contenant mais de beaucoup de
contenu. » Son développement s’est centré sur les noms de Sánchez-Fabrés,
Sánchez-Arjona et du célèbre « Raboso », duquel
Mariano Cifuentes détient ses
Coquilla. Installées près de Plasencia dans un cadre idyllique, les
300 vaches de ventre de Don Mariano forment un cheptel plus
important que celui de tous les autres éleveurs de l’encaste
Coquilla réunis !
L’encaste
Dionisio Rodríguez est quant à lui difficile à cerner. Bien que
d’origine Buendía, c’est-à-dire d’ascendance Saltillo, c’est la rame
Murube qui a finalement pris le pas. Dionisio Rodríguez fut lui
aussi un des éleveurs emblématiques du Campo Charro, et sa
descendance se retrouve encore dans de multiples petites devises de
la zone, parmi lesquelles on trouve le fer
Andrés Celestino García Martín,
qui a très récemment (2004) reconstitué son troupeau avec des bêtes
provenant directement de la maison mère. Il est bien sûr trop tôt
pour émettre un avis sur cet élevage, mais on donne le bétail acquis
comme issu de la meilleure origine.
La rame
Murube, comme celle de Vistahermosa, a subi de fortes évolutions qui
ont donné de nombreuses versions. Certaines restent proches de la
version originale tandis que d’autres présentent des mutations
spectaculaires.
Les
encastes Murube et Contreras demeurent très proches, le
second découlant directement du premier. Il s’agit là d’un toro
ramassé, bien rempli, aux formes arrondies et à l’armure peu
agressive. Si les robes sont variées dans la version Contreras, le
noir est l’unique cape du Murube. La famille Murube appliquant
durant de nombreuses années le célèbre dicton « le noir est le plus
brave » a, par conséquent, éliminé impitoyablement toute les bêtes
possédant le moindre poil blanc. Le galop allègre (à la classe
inégalée) continue de faire la réputation du toro de Murube.
Typiquement andalou, cet encaste sera pourtant représenté ce
11 novembre par une ganadería de Salamanque :
Castillejo de Huebra — propriété
de José Manuel Sánchez qui détient également les devises Sánchez-Cobaleda
et Terrubias. Côté Contreras, l’organisation a fixé son choix sur
l’« élevage-encaste » Baltasar
Ibán. Bien que du sang d’origine Domecq ait (trop)
largement été injecté dans les années 1980, la devise madrilène
reste le meilleur élevage d’ascendance Contreras. On ne compte plus
ses succès, même si, actuellement, les novillos offrent davantage de
satisfaction au ganadero et aux aficionados que les toros.
L’encaste
Urcola est un cas particulier souvent oublié. De pure souche
Vistahermosa, il demeure un encaste génétiquement isolé — sa
dérivation étant antérieure aux Murube — qu’il est néanmoins assez
logique d’apparenter à la rame Murube, et ce pour deux raisons :
tout d’abord parce qu’il s’agit de la même branche de Vistahermosa,
celle du Barbero de Utrera ; ensuite parce qu’il y a eu un
rafraîchissement de sang par le Conde de la Corte, qui dérive de la
rame Murube. L’un des élevages phare de l’encaste Urcola est
celui de la famille Galache, dont Victorino Martín a acquis un lot
inscrit au nom on ne peut plus explicite de
Ganadería de Urcola. Il voit dans
cette entreprise la réhabilitation d’un encaste oublié ;
l’œuvre de toute une vie, avoue-t-il en toute sincérité.
Venons-en,
pour finir, au Parladé qui provient des Murube par Ibarra. Nous
sommes ici en présence d’une version mutante du Murube ayant bien
peu de ressemblance avec la version originale. Ultraprésente dans
les ruedos (versions Domecq et Núñez), la Peña Jeune Afición
a opté, et cela ne vous étonnera guère, pour sa version la plus
marginale : Pedrajas — toro rustique, fort et armé, assez
fidèle au toro ancestral de Parladé. La famille Guardiola a
tenu très longtemps cet encaste au plus haut, avant de
perdre, ces derniers temps, quelque peu de sa superbe. En 1992,
Jean-Louis Darré acheta à son ami Jean Riboulet un lot de Guardiola
« français » qu’il installa à Bars, dans le Gers. En une vingtaine
d’années, sa Ganadería de l’Astarac
a franchi tous les échelons pour finir par se présenter en
corrida à Vic-Fezensac — plus aucun aficionado français n’ignore
désormais son existence.
Enfin,
petite concession aux encastes en vogue avec la présence des
Atanasio Fernández. Depuis la fin de l’embargo dû à la langue bleue,
le qualificatif « en vogue » peut paraître discutable, d’autant plus
qu’il est question ici d’une version plutôt pimentée grâce à la
présence du sang Conde de la Corte — cette ligne, via Antonio
Ordóñez, a alimenté l’élevage d’El Palmeral avant de donner
naissance à la ganadería locale de
Malabat. Mené par Pascal Fosolo,
ce jeune fer sera une découverte pour la plupart des aficionados
ayant fait le déplacement à Saint-Sever à l’occasion de cette fête
des encastes.
Thomas
Thuriès
1. « Estudio de
los encastes y ganaderías utilizando marcadores ADN », par le
professeur Javier Cañón.
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